ÉCRITS

COLLATÉRAUX

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J'en reviens pas

J’en reviens pas (version longue)

Je sais pas vraiment par où commencer
Si je t’écris, c’est en mémoire d’un bout de chemin
De nos années partagées
Et de nos différences gommées par un sentiment commun
Idéalistes et insouciants
La démesure pour emblème
Et les poches des parents pour résoudre les problèmes
On avait l’énergie et une soif de vie
Qui portaient nos projets les plus démentiels
Et nous tenaient éveillés, dans notre obstination à contempler le ciel
Comme pour faire apparaître nous-mêmes l’étoile
Dont on cherchait la lumière sans cesse, partout

C’était il y a pas si longtemps
Cet univers
Né de nos mains et d’une folie passagère
Où l’on proclamait chaque soir l’abolition des frontières
C’était y’a pas si longtemps, et pourtant
Tout semble si loin
Les couleurs éclatantes dont on bombardait nos cadres quotidiens
Virent déjà au sépia

C’était y’a pas si longtemps
Depuis y’a comme un écho,
Un rythme que j’ai gardé dans la peau
Une conviction trop belle pour en briser le sceau

Est-ce que tu crois toujours à l’horizon ?
Est-ce que tu penses qu’il pourrait y avoir quelque chose
Derrière ces images, ces écrits, ces théories
Qu’on tamisait comme des passionnés
En quête d’une pépite de vérité oubliée
Est-ce que tu crois toujours qu’il existe une réalité
A l’image de ces récits
Qu’on jouait à esquisser dans la marge
Des pages de nos vies ?

Fallait que je vérifie
Alors je suis partie escalader les murs du quotidien
Et j’ai du mal à trouver les mots pour te raconter
Ça m’a emmené si loin
J’en reviens pas

J’ai pris le large
Pour aller gratter sous ces quelques pas qui séparent le seuil de la naissance et celui de la mort
Gratter jusqu’à déterrer ces infinis de possibles à faire éclore
Gratter aux carrefours de cette immense voyage
Qu’on a nommé vie
Je suis partie gratter au fond de moi aussi
Consciente qu’on ne peut pas soigner une plaie dont on refuse de voir la profondeur
Consciente que les larmes qui ne coulent pas ne s’évaporent pas
Elles nous noient de l’intérieur
J’ai passé trop de temps à regarder par la fenêtre,
A subir une vie qui n’était pas la mienne,
Empêché trop d’émotions de naître,
Retenu et brisé trop de mots, dans ma gorge serrée par la peur d’avoir l’air faible, d’avoir l’air bizarre ou d’être rejetée
J’ai détourné les yeux trop de fois
De ces instants où un « je t’aime », un « merci », un « pardon »
Expirait dans le silence que j’imposais à ma voix

Alors je suis partie, après m’être levée brusquement
Car si la vie est une traversée,
Je veux franchir la ligne d’arrivée essoufflée,
Les poumons en feu, le cœur prêt à exploser
Les cheveux ébouriffés par une course folle avec le vent
Les vêtements déchirés par l’étreinte des bourrasques du vivant
Je veux franchir cette ligne d’arrivée
Et m’effondrer en riant

Je suis partie sans faire exprès
Un pouce levé au bord d’une route pour seul projet
Électrisée par impact imprévu
Galvanisée par la joie d’une rencontre authentique
Bouleversée par la beauté d’une âme qui s’avance à nu
Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie grandir
Minuscule, dans des paysages grandioses s’étalant à perte de vue

Je suis partie le cœur battant
Remplacer la notion de semaine, de week-end et d’horaire
Par celle de la seconde brute de vie,
Celle de la seconde infinie

Je suis partie et j’en reviens pas
Pas tout à fait
J’ai laissé une part de moi entre les mains
De ceux qui m’ont offert mille raisons de continuer à croire en l’humain,
Ceux qui m’ont ouvert leur vie avec une bonté sans limite
Se moquant éperdument de savoir si la société avait classé mon nom parmi ceux d’une élite
Ou bien ceux des pires parias
J’ai gouté à la force des échangés épurés
Où tout ce qui importe c’est ce qu’on vit ensemble juste là, dans cet instant particulier

Je suis partie et j’en reviens pas, je te l’ai dit
Il ne reste de moi qu’une gratitude infinie
Et l’envie incontrôlable d’aller offrir à mon tour
Ces trésors légués par des inconnus éclatant d’Amour

Si je te répète sans cesse que j’en reviens pas
C’est parce que je suis partie des milliers de fois
Chacun de mes départs était un aller simple
Aujourd’hui il ne reste de moi
Qu’un irrépressible besoin de mouvement
Une impulsion, un murmure, un serment

Il ne reste
Qu’une obsession pour l’horizon
Léguée par l’éclat d’un regard sincère
Et quelques sourires sur des visages solaires

Je repense souvent à mon premier pas
Ça date du jour où j’ai compris qu’on n’était jamais prêt
Que c’était se bousculer et faire quelques dégâts,
Ou attendre toute une vie
Alors j’ai saisi la première accalmie
Cet instant de silence entre les peurs qui suffit
Et j’ai sauté dans le vide
Le cœur battant j’ai attendu
L’impact du sol
Qui n’est jamais venu

Je suis partie ce jour là
Depuis, je marche le cœur comblé
Et paradoxalement bien trop léger
Pour obéir à la gravité
Chute
Libre

A défaut de vivre à crédit
J’ai emprunté des milliers de routes
J’ai demandé mon chemin des centaines et des centaines de fois
A des inconnus, aux embruns des récifs,
A la chaleur dorée d’un rayon furtif
Se fondant dans ma peau,
Aux trainées de lumière qui constellaient mes nuits
Dont le silence profond m’emmenait loin des rivages
Effleurant mon esprit
Quand quelques vérités s’y frayaient un passage

Je suis partie me mesurer au monde à mains nues
Sans garantie, sans diplôme, sans filet de sécu
Je suis partie avec la mission
De revenir avec un rayon
A opposer au monde noir des médias
Et à la torpeur sournoise qui guette nos pas
Je suis partie questionner avec insistance la surface des apparences
Abordant les fous, les malpolis, les incompris
Ceux dont on rit, ceux qu’on juge, ceux qu’on fuit
Je les ai abordés sans me démonter
Et j’ai parfois découvert
Sous l’hostilité d’un regard de travers
Une humanité qui percute droit au cœur
Bien sûr parfois je me suis faite avoir
A vouloir trop y croire
Mais malgré ça je reste prête à avancer ma vie sur le tapis
Face au cynisme ambiant
Pour prendre le pari

C’est drôle, je suis là, à t’écrire, en m’oubliant dans les paysages qui défilent
A me demander si je dois te dire au revoir ou pas
Avec le sentiment que j’étais déjà partie depuis trop longtemps
Depuis le jour où j’ai compris qu’il y avait un ailleurs et un différent,
Et plusieurs sens possibles à mettre sur le mot « vivre »
Qui m’ont fait tourner le dos à un confort et une sécurité trop cher payés
Portée par le besoin d’inspi
De celui qui écrit lui-même les lignes de sa vie

Je suis partie
Avec une soif à étancher
Et une foi complètement bancale
Désorientée, à force d’être menée en bateau
Je me suis raccrochée à une plume
Et j’ai gratté
Entre les fissures intérieures, les graviers du bitume
J’ai gratté sur les murs, les portes et les sols
Mille tentatives d’envol
J’ai gratté les mots que je t’envoie, les yeux fixés sur cet horizon
Sacré pour toi, sacré pour moi
Il est splendide
J’ai gratté l’évidence, pour moi le cap est là
Suivre le besoin de changer d’air
Et trouver ma voie, ma vraie voix
Je suis partie a cappella

Je suis partie
Certaines choses sont mortes en moi
Je me suis vue renaître mille fois
J’ai franchi quelques points de non retour par foi

C’était comme un réveil
C’était comme ouvrir un coffre aux merveilles
Ouvrir de nouveaux yeux face à la vie
Des yeux qui sourient

J’te jure, j’en reviens pas
Et une bonne partie des schémas dont on m’avait rempli le crâne
N’en reviendront jamais non plus
Enfouis sous quelques pas
Dont l’empreinte s’efface déjà

Je suis partie à l’abordage de la grande traversée
Laissant sur le pas de la porte mon envie de carrière
Avec un mot d’excuse
Et la mention « temporaire » pour rassurer les miens
Mais si tu savais ce que j’ai ressenti dès le premier pas
Une joie indescriptible, un état second,
L’étreinte d’un second souffle emplissant mes poumons
Comme pour la première fois
La combustion des poids qui comprimaient mon corps
L’accord,
Trop vrai, trop fort
Pour douter encore

En chemin, l’important m’a percutée
J’ai voulu lui offrir, mon temps, mon énergie, ma vie
Face à lui
J’ai prononcé des vœux sacrés

Puis j’ai marché
Jusqu’à ne plus savoir où aller
Alors j’ai fini par me rendre à l’évidence
J’ai fini par me dire au fil des pas
Que sous les échos de ce chant dont débordent harmonie et chaos
Chacun de nous trouvera un bout de papier, le coin d’une table, un pan de mur vierge
Où apposer sa propre strophe

J’ai fini par me dire qu’un appel résonnait quelque part pour chacun
Quelque part entre les bribes des refrains quotidiens
Si je t’écris pour te dire que j’en reviens pas
C’est parce que j’ai fini par trouver le mien

  • Créé le .

Charlotte Dubost

"On fait de toi un produit
A la merci de quelques-uns
Qui sont esclaves, eux aussi
Mais se persuadent d’être souverains"

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